Dans la pratique indienne, tout prânâyâma commence par la conscience, la prise de conscience. Mais conscience ne signifie pas forcément contrôle.

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Car les gens obsédés de contrôle ne s’interrogent pas assez sur le contrôleur. Qui contrôle quoi ? Comment l’ego – qui est par nature limité, dysharmonieux – pourrait-il espérer amener un ordre, une harmonie dans le corps et le mental ?

Ceux qui poursuivent avec acharnement ces méthodes ne voient pas qu’ils tournent en rond, qu’ils ne font au mieux qu’élargir leur prison.

Que vous soyez capable de retenir votre souffle vingt secondes ou vingt minutes ne change pas grand-chose : de toute façon vous atteindrez toujours une limite, qui est celle soit de l’espèce, soit de votre incarnation actuelle.

Est-ce à dire qu’il ne faut rien faire ? Je suggère d’abord de se laisser respirer. Je sais : cette expression, souvent employée dans les cours de yoga, est devenue un cliché. Il n’empêche qu’elle recèle un sens profond.

Ne pensez jamais, lorsque vous expirez, que vous « chassez » l’air : pensez plutôt (ou plutôt faites-le sans penser) que vous le donnez, que vous l’offrez. De même, n’associez jamais l’inspiration à un « prendre » : recevez, accueillez, acceptez ce qui vient.

Ne laissez jamais intervenir la volonté dans les intervalles, abandonnez l’idée et jusqu’au mot de « rétention » (quelle avarice de vouloir retenir !). Le souffle s’interrompt, se suspend : très bien, observez, contemplez, savourez cette absence, sans projection, sans anticipation. Le souffle reviendra quand il voudra, il vous quittera quand il voudra. Ou encore inversez la perception ordinaire, imaginez que vous êtes le souffle et non pas celui qui reçoit et évacue le souffle. Prenez le point de vue du souffle. Vous allez, à l’inspir, envahir ce corps, ces poumons que vous aviez la mauvaise habitude d’appeler vôtres : quelle exploration fabuleuse ! Vous allez, à l’expir, pénétrer, envahir cet espace paraît-il extérieur, allez loin, aussi loin que votre esprit peut aller, que votre souffle-esprit devienne l’oie migratrice, traversez le ciel, diffusez-vous à l’infini.

Quand vous aurez expérimenté cela, il se peut que les « exercices » traditionnels de prânâyâma, les kapâlabhâti et les bhastrikâ auxquels vous vous shootiez, perdent beaucoup de leur attrait. Peut-être mais peut-être pas. Je ne veux rien préjuger. Il se peut au contraire que vous les redécouvriez avec une nouvelle fraîcheur et que les jeux retrouvés de l’Energie vous plongent, à vous en couper le souffle, dans la Joie véritable.

Pierre Feuga

PRANAYAMA :

Prâna est la force primordiale qui relie le Créateur à la création. Alors que âyama indique l’idée de se mettre en mouvement, d’entreprendre un chemin que fait l’être humain pour aller vers le Créateur. Pratiquer le Prânâyâma, c’est chercher à se relier au créateur, à s’unir avec le créateur, c’est une pratique transcendante